Sonia Delaunay, artiste peintre et designer textile

La fibre artistique

Née en 1885 en Ukraine, Sonia Delaunay fut parmi les premières à remettre en question la frontière séparant la mode de l’art.

Epouse de Robert Delaunay, elle mena à ses côtés un véritable travail de recherche, à la fois scientifique et visionnaire, explorant la lumière, le positionnement et le mouvement des couleurs, leur bien nommé « contraste simultané ».

Très vite, elle se laisse glisser de l’art à la mode, importe les éléments de l’un à l’autre, fait dialoguer costumes, peinture et littérature, multiplie les allers-retours. C’est ainsi que naissent, dans les années 1920, ses premières robes, comme de la poésie en mouvement : en 1924, elle présente un défilé de costumes illustrant le poème de Joseph Delteil, La Mode qui vient ; elle s’aventure par ailleurs à réaliser des robes-poèmes inspirées des textes de Tristan Tzara ou de Blaise Cendrars.

Poursuivant ses expérimentations sur le motif, le rythme, le mouvement, elle semble se laisser guider par la seule force de la couleur pour créer textiles et vêtements. En 1925, elle participe à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs avec sa première « Boutique Simultanée ». Le succès ne se fait pas attendre, et les femmes modernes de l’époque s’affichent fièrement en Maison Delaunay. La marque propose nombre de créations confectionnées dans des tissus exclusifs, tricotées ou brodées main, transformant le corps de celles qui les portent en véritables chefs-d’œuvre abstraits. Ses couleurs et ses formes géométriques viennent également se poser sur toute une gamme de textiles qu’elle crée pour les grands magasins hollandais Metz & Co des années 1930 aux années 1960.

Bien des années après sa Boutique Simultanée – qui ferma ses portes dans les années 1930 – elle déclara au sujet de ses vêtements : « Tous ces travaux étaient créés pour les femmes, et toujours avec une idée de construction par rapport au corps. Ce n’était pas des copies de tableaux transposés sur la femme, comme l’ont fait d’autres couturiers avec Mondrian ou les peintres de Op’Art ». Ses mots apparaissent comme l’illustration parfaite de sa conception si singulière de la mode, qu’elle avait choisi d’appréhender comme un vecteur d’expression artistique à part entière, au même titre que la peinture.


Author: Angèle Hernu


Share: