La teinture naturelle à l’Opéra Comique

Fondé en 1714, à la fin du règne de Louis XIV, l’Opéra Comique est l’une des plus anciennes institutions théâtrales et musicales de France. Sur la scène de la célèbre salle Favart, se jouent des opéras du 18ème et du 19ème siècles sur des instruments d’époque. Son atelier de création de costumes est, quant à lui, beaucoup plus récent. Jérôme Savary, nommé à la tête de l’établissement en 2000, lance l’initiative de réaliser les costumes sur place, soutenu par son successeur en 2007, Jérôme Deschamps.

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L’atelier, installé sous les toits, au-dessus du grand foyer, est aujourd’hui reconnu pour son savoir-faire. Et depuis quelques années, sa responsable, Christelle Morin, y a introduit la teinture naturelle, faisant ainsi de l’Opéra Comique la seule grande scène nationale à posséder sa propre teinturerie. Elle s’est initiée au maniement des teintures naturelles auprès de Sandrine Rozier, formatrice au Greta de la Création, du Design et des Métiers d’Art et aussi créatrice de textiles et de costumes.

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Si l’atelier a pu voir le jour, c’est grâce au soutien financier de la Fondation d’entreprise Hermès qui a permis l’achat de matériel et de colorants. En mai 2013, Mârouf, savetier du Caire est l’un des premiers spectacles à mettre en scène des costumes en teintures naturelles. « A cette occasion, nous avons établi tout un échantillonnage de couleurs qui nous sert désormais de bible », explique Christelle Morin. En janvier 2014, Lakmé déploie toute une palette de couleurs naturelles. Christelle Morin souligne : « Hanna Sjödin, la créatrice des costumes, tenait à ce que tout soit teint en végétal ». Pour Les Mousquetaires au couvent, qui clôt la saison 2014-2015, tous les costumes du peuple sont en indigo.

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La teinture naturelle permet de travailler une palette infinie de couleurs, à partir d’extraits de plantes, surtout, mais aussi de petits insectes, comme la cochenille, dont est extrait un rouge profond. Dans les bocaux qui envahissent les étagères de la cuisine de l’atelier, il y a de l’indigo et du pastel pour les bleus, de la garance pour les rouges, du réséda pour les jaunes, du coréopsis pour les ocres, des plantes à tanin, comme le chêne ou châtaignier. « Nous avons travaillé à partir d’extraits très concentrés de plantes », explique Sandrine Rozier.

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Le Critt (centre régional d’innovation et de transfert de technologie) Horticole de Rochefort-sur-Mer a récemment élaboré un produit colorant très concentré qui assure une reproductibilité des couleurs, ce qui est indispensable pour une création de plus d’une centaine de costumes. « Pour vous donner un ordre d’idée, quand on teint avec des plantes séchées, on doit prendre 100 % du poids des fibres à teindre, ajoute Sandrine Rozier. Avec un extrait concentré, on prend entre 2 et 20 %. »

Le bain d’une seule plante contient un cocktail de colorants. C’est la raison pour laquelle les teintures naturelles se marient aussi bien entre elles. Chacune contient une particule de l’autre. Le teinturier doit donc analyser la plante pour connaître toutes les nuances qu’elle a à offrir. « L’avantage de travailler dans un théâtre plutôt que dans la mode, c’est que la charte de couleurs est plus libre, poursuit Christelle Morin. Le créateur des costumes nous indique une direction, jamais le point d’arrivée. »

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« La teinture naturelle ne remplacera jamais la teinture de synthèse, reconnaît Sandrine Rozier. La chimie a considérablement ouvert la palette de couleurs. » L’objectif aujourd’hui, grâce notamment à ce projet au sein de l’Opéra Comique, est de redonner aux colorants naturels une place en France. En matière de production de plantes tinctoriales et de maîtrise des techniques de teinture, la France a pendant longtemps bénéficié d’une place de choix. A l’Opéra Comique, les teintures sont réalisées à partir de plantes françaises qui ont été remises en production. Chaque spectacle est désormais l’occasion d’expérimenter de nouvelles techniques sur la base de connaissances séculaires, et de les transmettre à son tour.

Les travaux de rénovation qui obligent actuellement à la fermeture totale de l’établissement devraient d’ici début 2017 offrir aux artisans, qui œuvrent en coulisse, un espace de travail entièrement repensé.

www.opera-comique.com


Author: Léandra Ricou


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