Itu, l’art couture

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Itu, vous avez une carrière très éclectique et dynamique : producteur d’événements, auteur à succès, artiste, styliste. Qu’est-ce qui vous anime ?

Je pense qu’il n’y pas de limites dans les possibilités de création, c’est cela qui me pousse à faire de nouvelles choses. Ce qui paraît figé dans le présent peut changer à chaque instant et se transformer. C’est cela ma motivation.

J’ai cru comprendre que le point de départ de votre projet « art couture » est votre goût personnel pour les belles choses que vous aimez personnaliser (vêtements, accessoires, costumes). Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est vrai que j’aime les belles choses et les costumes de bonne facture, je pense que c’est une forme de discipline. J’apprécie des formes qui existent depuis longtemps, qui rentrent dans l’histoire.

Le costume est une tenue pour adultes que les enfants ne portent généralement pas. C’est une toilette qui a du sens, qui marque une forme de respect par rapport à son interlocuteur. Personnellement, je n’aime pas porter des vêtements trop casual.

Mais le costume possède également une culture très stricte, avec des règles très précises, formelles. Cet aspect très codifié, bien que je l’apprécie, peut être très conservateur et ennuyeux. Je veux créer une nouvelle forme de liberté en utilisant comme toile des matériaux et coupes considérés à la base comme très formels, et jouer des paradoxes.

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Vous portez vous-même vos créations, est-ce important d’incarner vos créations ?

C’est très important pour moi, car il s’agit de « wearable art », c’est ce que je défends en premier lieu et je me dois de montrer l’exemple. Le jour où je ne porterais plus mes créations, c’est que j’aurais mis fin à ma carrière ! Je n’ai ni icône, modèle ou muse. Pour créer j’utilise les énergies que je ressens autour de moi, qu’elles viennent de la nature, des bâtiments, des gens, etc.

Vos créations sont empreintes d’énergie et de couleur, peut-on parler de pulsion créatrice/improvisation face à chaque pièce de vêtement ou bien préparerez-vous en amont vos créations ?

Je peux tout aussi bien improviser, comme je peux réfléchir un certain temps avant de commencer la création d’une de mes œuvres. Je prends ainsi beaucoup de notes, à la main, jamais sur un ordinateur.

La création est pensée et effectuée exclusivement par moi même. J’ai un atelier/showroom privé à Tokyo et un atelier dans ma galerie parisienne. Je voyage constamment entre la France et le Japon, donc je me dois d’avoir un espace de création aux deux endroits.

Vous travaillez quasiment exclusivement à partir de matériaux nobles, pouvez-vous nous en dire plus sur le choix des matériaux et leur origine ?

Je travaille sur les costumes taillés par Monsieur Koba, le tailleur officiel de l’empereur du Japon. Il utilise beaucoup de matière première qui provient d’Angleterre. J’ai commencé à faire fabriquer mes costumes chez Monsieur Koba en 2009. Je suis un client très fidèle. C’est lui qui m’a conseillé de porter des costumes, cela a été une véritable ouverture sur le monde : cela change la façon dont les gens vous regardent.

Ses créations sont extrêmement fines et précises, c’est pour cela que je travaille exclusivement à partir de ses costumes. Je passe commande des coupes, des matières et des couleurs que je souhaite, Monsieur Koba réalise ensuite les vêtements. C’est un grand philosophe (issu d’une famille de philosophes !) et il a tout de suite apprécié et compris mon idée d’art couture. Il me soutient beaucoup dans la réalisation de mes œuvres.

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Comment choisissez-vous les marques avec lesquelles vous travaillez (Louis Vuitton, Céline, Chanel, Globe trotter, chaussettes Mazarin, etc.) ?

Je choisis exclusivement des objets et accessoires qui fonctionnent avec ma philosophie : ils deviennent les matières premières de mes toiles.

Pouvez-vous nous expliquer le terme « art couture » ? Le fait de produire des pièces uniques et d’exposer dans une galerie vous rapproche d’une démarche artistique, revendiquez-vous ce statut ? 

Le terme art couture vient du fait que mes créations peuvent se porter. Mais je ne suis pas un styliste, je suis un artiste. Je revendique complètement le fait de ne produire que des pièces uniques, cela fait partie de ma philosophie. Je pense que l’art couture représente un des futurs de l’art, un art qui se porte, qui se voit dans la rue.

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Avez-vous une formation académique ou vous positionnez-vous en marge des codes artistiques et stylistiques actuels ?

Je n’ai jamais intégré une école d’art ou de design, je me laisse tout simplement guider par les différentes énergies que je ressens. Mes créations ne sont pas destinées à apparaître dans un défilé. C’est pour cela que je ne parle pas de mode. Je veux que mes créations vivent au rythme de leurs propriétaires, dans la vie réelle, pas dans un défilé aseptisé où tout le monde marche tout droit. De même, je n’envisage pas de produire mes vêtements en série. Je ne travaille que sur le principe de la pièce unique vendue en galerie.

Que vous apporte le fait de travailler à Paris ?

Je ressens une énergie à Paris, c’est pour cela que j’ai décidé de m’y installer. J’ai beaucoup de respect pour les traditions françaises, notamment les techniques de fabrication. Je pense qu’inconsciemment, le simple fait d’être à Paris influence beaucoup mes créations.

Crédits photos : James Alexander Coote


Author: Vanessa Clairet


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