Fujii + Fushikino, une coloriste et une couturière

Il y a des objets qui éveillent une douce vivacité, qui piquent la curiosité sans ostentation, qui caressent les yeux. C’est le cas des vêtements de Fujii + Fushikino (フジイフシキノ). Heureuse association d’une créatrice textile, Ryoko Fujii, et d’une créatrice de vêtement, Kaori Fushikino, réunie depuis six ans par l’affection d’une matière : la mousseline de laine.

Fujii+Fushikino

Importée de France à partir de 1870, la mousseline de laine a vite trouvé sa place dans la culture japonaise. Utilisée pour les kimonos de tous les jours ou les nagajuban, vêtements portés sous le kimono, cette matière est doucement tombée dans l’oubli. Quasiment synonyme de laine au Japon, la mousseline n’est pourtant pas réservée à l’hiver. Cette toile légère allie une texture sèche et chaleureuse à une profondeur et vivacité des couleurs : une matité éclatante.

Fujii+Fushikino

Fujii + Fushikino revitalise cette matière. Leur mousseline de laine mérinos est fabriquée à Hamamatsu (à mi-chemin entre Kyoto et Tokyo). Le duo travaille à Kyoto, dans l’arrondissement d’Ukyō, au nord-ouest de la ville. Un temps de création qui se décompose en deux mouvements : la coloration et la couture.

Ryoko Fujii (38 ans) œuvre dans son atelier, d’où elle peut apprécier le jardin de pierres du temple zen Ryōan-ji : « Le travail de teinture est si bref que je passe beaucoup de temps à décider des couleurs justes. Le geste se fait ensuite en un seul jet et dans une grande joie. La teinture impose un temps de séchage entre chaque couleur qui rythme ma journée de travail. » Cette teinture à la brosse, qui pourrait évoquer la teinture Yuzen (technique traditionnelle appliquée sur soie destinée au kimono) par ses outils et ses pigments, s’en distingue principalement par la liberté du motif (aucuns pochoirs ou pâtes de riz ne viennent cloisonner les formes). Le geste est libre. Le rendu est aléatoire.

Fujii+Fushikino

Dans un atelier d’artistes situé près du fleuve Tenjin-gawa, une ancienne usine de teinture Yuzenréhabilitée, Kaori Fushikino (41 ans) se laisse saisir par l’émotion des tissus teints afin d’y concevoir des vêtements aussi beaux que fonctionnels. « J’essaye d’utiliser au mieux les spécificités textiles. Les couleurs comme les formes sont des provocateurs d’effets tout au long de la vie du vêtement et de celui qui le porte ». Dans les quelque 4 mètres de tissu, deux robes peuvent être taillées. Le travail de coupe est réduit au strict nécessaire et respecte la matière première en limitant les chutes. Les gestes sont posés. Les vêtements sont intenses.

C’est cette rencontre entre un tissu et une coupe qui rend les habits de Fujii + Fushikino uniques. Aucun modèle n’est identique à un autre. Aucun modèle n’est parfaitement reproductible. Affranchis du rythme saisonnier, les nouveaux modèles s’invitent au besoin au côté des formes de base (4 tops, 3 robes, 2 jupes, 1 étole). Une dizaine de coupes pour une proposition vestimentaire illimitée… Chaque modèle autorise un porté singulier (derrière-devant indifférent, taille qui s’adapte à la morphologie, attaches et liens de resserrage). Leur étole, dans sa simplicité, révèle sa modulabilité ; l’étoffe, fluide et expressive, se place et se déplace sans contrainte au fil de la journée.

Ainsi ce qui séduit, c’est la « main visible », la trace des poils de la brosse, la ligne irrégulière des passages colorés, les densités de teintes superposées, la richesse de la palette, la sensibilité de la coupe, la lisière surfilée de fil doré…

Fujii + Fushikino, alliance d’une coloriste et d’une couturière, offre des tableaux flottants pour un quotidien gonflé d’entrain.

www.fujiifushikino.com


Author: Sylvie Marot


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