Bojagi for queen

Drapé d'histoire : le Bojagi coréen

Les couvertures cousues main comme le Bojagi sont apparues très tôt, dès le premier siècle avant Jésus Christ durant l’ère des Trois Royaumes de Corée.

Dans la culture traditionnelle coréenne, l’étoffe Bojagi faisait partie intégrante de la vie quotidienne tout en étant également des éléments d’importance dans les grandes cérémonies. On les retrouvait partout, utilisés autant par la haute société coréenne que par les classes plus populaires. Ces tissus d’emmaillottage, généralement cousus sous une forme carrée, prennent la forme d’un assemblage disparate de matières, de couleurs et de motifs.

La plupart du temps en soie, les pièces sont également souvent en coton et en ramie. Leurs dessins ont un caractère très spécifique, allant d’images figuratives autour de la nature, jusqu’aux motifs porte-bonheur et aux graphismes géométriques et abstraits. Habituellement un tissu Bojagi est avec l’idée d’une utilisation définie à l’avance, ou bien à destination d’un utilisateur précis. Ainsi sa conception est faite sur mesure et reflète donc bien dans sa construction-même son objet final.

Et justement à quoi servent ces Bojagi ? Dans leur utilisation usuelle, ils servaient à emballer la nourriture, souvent accompagnés de boucles et de sangles qui permettaient de les fixer facilement à une table à manger. Ils étaient aussi employés comme des sacs de fortune pour transporter des articles à la fois précieux et du quotidien. Il n’était pas rare que les Bojagi comme ceux-là pour un usage quotidien, soient réalisés à partir de chutes de tissus et de torchons, un peu comme pour le boro, tissu populaire japonais.

Les Bojagi jouaient également un rôle central dans les cérémonies, et dans ce cas, on utilisait des tissus plus précieux pour les composer et on l’ornait de points de broderie et d’applications plus travaillées. Offerts en cadeaux pour les mariages, les naissances et toute autre étape importante de la vie, ces Bojagi ont pris une forme plus précieuse. Ainsi à la cour royale de Corée, pour ne pas avoir à les réutiliser, des étoffes neuves et riches de détails ont été créées à l’occasion de chaque célébration importante comme les anniversaires ou le nouvel an.

Comme c’est généralement le cas avec de nombreuses pratiques textiles traditionnelles à travers le monde, le Bojagi coréen est un savoir-faire transmis et pratiqué exclusivement par des femmes. Dans un contexte patriarcal très rigide d’une culture imprégnée de valeurs confucianistes, la place et le rôle des femmes ont été largement restreints. L’art du Bojagi rassemble donc l’ensemble des savoirs, du talent et de l’expression de la créativité de toutes les femmes qui ont pu le pratiquer.

Wrapping_cloth_from_Korea,_Honolulu_Museum_of_Art

L’infinie variété de motifs et de nuances dans une palette de couleurs vives est l’expression d’une richesse et d’un caractère unique, démonstrations d’une liberté qu’on ne retrouve que très rarement dans les autres traditions textiles. Les mères qui transmettent leur connaissance du Bojagi à leurs filles, les ouvrent non seulement à la diversité des techniques et des motifs, mais aussi à un mode d’expression intergénérationnel fondateur de l’identité des femmes coréennes.

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