Aurore Thibout, poétesse textile

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Portrait d’Aurore Thibout au travail

Aurore Thibout est une poétesse textile – styliste plasticienne, vivant à Paris et s’enivrant d’Asie. Elle chemine avec cohérence en quête de Vêtements Mémoires, Couleurs du Temps*. Elle capture le passage du temps et la mémoire des objets. Ses tissus révèlent la disparition et l’apparition. Ses vêtements naissent de la confrontation du plein et du vide.

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Modestie, Les Gisants, Aurore Thibout

Issue des écoles d’arts appliqués Duperré (ESAA Duperré) et des Arts décoratifs (ENSAD), Aurore Thibout obtient une résidence au sein des Ateliers de Paris en 2009. Créatrice de costumes pour les arts vivants, Grand Prix de la Ville et du Public au 21ème Festival d’Hyères, Grand Prix de la Création de la Ville de Paris 2013, lauréate de la Villa Kujoyama 2015, Aurore Thibout expose ses pièces d’exception au sein de galeries et musées. Ses éditions limitées – pièces uniques répétées issues de ses explorations – sont diffusées en Europe, au Japon et aux Etats-Unis.

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Aurore Thibout, Hand in Hand Taiwan, NTCRI et Sophie Hallette

Avec pour lignes directrices la mémoire et l’empreinte, son processus de création démarre avec la matière. Ce travail plastique, mêlant recherches sur la couleur et techniques d’impression ou de relief, mène au vêtement. C’est là tout le défi. L’approche textile, dans ses réflexions poétiques et esthétiques, ne perd pas de vue la finalité de l’objet vestimentaire. Les rencontres, avec les arts et leurs techniques, avec les artisans et leurs savoir-faire, nourrissent sa démarche plurielle.

aurore_thibout_4_webAurore Thibout, Regards Croisés, Villa Kujoyama et Flag-France Renaissance, La Celle-Saint-Cloud, 2015. Crédit photo : Bertrand Sion.

Pâleur et rigidité de ses Gisants – ces vêtements du dessous fossilisés dans le plâtre sont autant de mues délicates du vivant. Blancheur et roideur des anciens linges de maison brodés dans lesquels elle taille des jupes plissées. Et la couleur ? Comment l’aborder ? Alors que les artisans actuels utilisent majoritairement les couleurs synthétiques, elle trouve sa réponse par l’expérimentation des colorants naturels, et ce notamment auprès d’artisans taïwanais et japonais. Elle explore les beiges avec la noix de bétel, les gris chauds avec la gale de Chine, les violets profonds avec le bois de campêche et les indigos.

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Aurore Thibout et Tamiya Raden, Regards Croisés, Villa Kujoyama et Flag-France Renaissance, La Celle-Saint-Cloud, 2015. Crédit photo : Bertrand Sion.

De sa résidence à la Villa Kujoyama résultent plusieurs belles collaborations. Avec pour prédilection les fibres naturelles telles que la soie, le coton, le lin, la ramie, elle s’associe avec des tisseurs nippons d’exception. Elle magnifie ainsi la soie chirimen de Tayuh Silk.

Avec Akasaka Taketoshi, jeune talent des métiers d’art de la Ville de Kyoto 2013, elle revisite le katazome, technique de pochoir traditionnelle japonaise à la pâte de riz. Inspirées du photogramme et du cyanotype, les couleurs d’Aurore sont des lumières tremblées. Nulles couleurs planes et pleines, ses tissus teints portent les traces de l’impermanence, véritable « reflet du geste ». La contrainte technique de la teinture végétale réside dans la difficulté à la reproduire et à fixer la couleur. « La teinture naturelle est une science précise. Elle diffère selon la cuve, varie à la minute. Il m’importe de conserver l’accident. Maîtriser le hasard est ce qu’il y a de plus difficile. »

aurore_thibout_6_webAurore Thibout et Akasaka Taketoshi, Regards Croisés, Villa Kujoyama et Flag France Renaissance, La Celle-Saint-Cloud, 2015. Crédit photo : Bertrand Sion.

Les vêtements d’Aurore Thibout ont une âme et s’animent par le porté. Ainsi, lorsque Shuhô, maître d’ikebana qui dédie les fleurs à ce qui est invisible, revêt un habit de bois créé spécifiquement pour ce cérémoniel spirituel, elle l’habite. La matière inédite qui le compose, des lamelles extrêmement fines de bois retissées de soie, est confectionnée par Tamiya Raden. Les nervures font motifs. Dans les veines de l’arbre, on peut lire la vie déposée.

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Aurore Thibout, Tayuh Silk et la Cité internationale de la mode et de la dentelle, Calais, Villa Kujoyama, 2015

Riche d’histoires, les vêtements sont des objets de mémoire. Aurore Thibout en revisite les formes simples : modestie, petite pièce de dentelle ou de tissu fin servant à voiler pudiquement le décolleté féminin, ou obi, ceinture fermant les vêtements traditionnels japonais. Elle célèbre les motifs fleuris des dentelles issues des collections de Sophie Hallette et de la Cité internationale de la dentelle et de la mode pour en faire des empreintes. Aurore Thibout révèle et « déréalise ».

* Le projet Vêtements Mémoires, Couleurs du Temps d’Aurore Thibout a bénéficié du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller dans son action en faveur de la Villa Kujoyama pour la résidence de créateurs et d’artisans d’art.

www.aurorethibout.com


Author: Sylvie Marot


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